Madame Randin, lors de vos sessions de formation aux médias, vous entraînez les participants à apparaître devant la caméra et le micro, mais vous discutez aussi de la théorie. Vous parlez de règles d’or de la communication. Qu’est-ce que vous entendez par cela ?

Quelques règles simples permettent d’être beaucoup plus percutant lorsque l’on s’adresse à un large public. La plus importante : à qui vous adressez-vous ? Répondre à un journaliste d’une radio locale, d’un journal économique, de la RTS ou de la BBC ne relève pas du même exercice. Vous vous adressez à des publics différents. Demandez-vous qu’est-ce qui intéresse votre public, quel est son niveau de connaissances et ses préoccupations ? Veillez à ce que votre message soit compréhensible, adaptez-le, faites des comparaisons et gardez toujours à l’esprit à qui vous parlez.

Les cadres des associations sont généralement interrogés sur des sujets spécifiques. Comment faire passer un message court, clair et concret ?

Premier conseil : rester simple, faire des phrases courtes et utiliser beaucoup d’exemples et de références concrètes. Tout le monde aime les histoires savoureuses, illustrez votre propos et mettez de l’émotion dans ce que vous dites. Je vous conseille aussi de bannir les termes techniques. S’ils sont indispensables, expliquez-les. Limitez-vous à trois messages maximum. Votre public peut difficilement mémoriser plus que trois points essentiels et trois chiffres.

En quoi les interviews pour les différents médias – radio, TV, presse écrite – diffèrent-elles dans leur préparation ?

C’est un exercice assez similaire. Pour tous les médias, vous devez d’abord identifier les messages que vous voulez transmettre. N’hésitez pas à expliquer les enjeux de votre domaine professionnel au journaliste. Il n’est certainement pas un spécialiste du domaine dentaire et ne demande qu’à être éclairé. Pour une interview radio, chauffez-vous la voix, articulez exagérément pour mettre votre texte en bouche. Pour la TV, l’exercice le plus complet, vous aurez besoin de vous mettre en condition pour être vif, expressif et convaincant, comme un acteur qui se chauffe avant de passer sur scène.

Comment se préparer à des questions délicates et désagréables ?

Commencez par vous dire : « Je tiens le couteau par le manche. J’ai du plaisir à être là, c’est une belle opportunité de faire passer un message auquel je tiens. » Rester positif est vraiment le meilleur conseil que je puisse vous donner. Ensuite, restez dans votre domaine de compétences. Ne vous aventurez pas sur des terrains glissants, là où vous risquez de perdre pied. Souvent, les interviews catastrophes sont celles durant lesquelles, par politesse, vous répondez à une question, alors que vous n’êtes pas le principal intéressé ou la personne la mieux placée pour donner des informations solides.

Quelle est l’importance de la communication non verbale lors d’une apparition à la télévision ?

Essentielle ! Toutes les études nous montrent que 60 à 70 % de l’attention du téléspectateur est focalisée sur votre communication non verbale : votre habillement, votre coupe de cheveux, votre énergie, votre confiance en soi, vos tics. Ne négligez pas cet aspect, il est primordial, tout comme le décor dans lequel vous êtes filmé. En tant que médecin-dentiste, il y a toutes les chances que le journaliste TV demande de vous filmer dans votre cabinet, en blouse blanche, pendant un traitement. Restez le plus naturel possible !

Y a-t-il des cas où il est préférable de ne pas donner d’informations aux journalistes ?

Je suis une adepte de la vérité et de la transparence. Cacher la réalité ne sert à rien, tout finit toujours par se savoir. Par contre, vous pouvez vous mettre d’accord avec le journaliste en lui fournissant un certain nombre d’informations « off the record » pour qu’il comprenne la situation et le contexte. Il vous en sera infiniment reconnaissant. Avant que la caméra tourne, vous pouvez lui préciser que vous ne souhaitez pas répondre à telle ou telle question. Par exemple, parce que vous ne voulez pas parler de vos concurrents ou divulguer une information confidentielle. Tout ce que vous risquez c’est que le journaliste relate que vous n’avez pas souhaité répondre à la question.

Un cadre de l’association est invité à une interview télévisée. Quel est votre conseil ? Quelle check-list donneriez-vous ?

Voici les bonnes questions à poser au journaliste avant une interview :
1. Quel média vous sollicite et pour quelle émission ?
2. L’interview est-elle enregistrée ou en direct ?
3. Quand l’interview sera-t-elle diffusée ? Si le sujet est délicat et que la diffusion n’est pas immédiate, vous avez le droit de demander de vérifier les extraits qui vous concernent (par e-mail par exemple) ou de relire vos citations en presse écrite.
4. Quelles seront les questions et les autres personnes interrogées ?

Bonne chance, la meilleure façon de progresser, c’est de se lancer !